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article
Vos employés peuvent
très bien refuser d'utiliser la CRM
et vous mentir pour contourner
les règles
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Auteur : Philippe Nieuwbourg, 3 mars 05
Dépassant le discours traditionnel de chefs de projets toujours satisfaits, nous avons rencontré un responsable commercial d'une grande société internationale, utilisatrice de Siebel. Il nous a expliqué dans le détail comment certains commerciaux s'organisaient pour ne pas se voir imposer un système auquel ils ne croient pas. Attention, des révélations à ne pas mettre entre toutes les mains !
Il
y a quelques jours, au détour d'un séminaire quelque part
en France, j'ai eu l'occasion de discuter avec celui que nous appelleront
Gérard… Gérard est responsable commercial régional
dans une grande société internationale. Il souhaite conserver
l'anonymat et nous respectons son choix. En échange de cette discrétion,
il accepte de nous dire, enfin, la vérité sur l'utilisation
d'un outil de CRM dans une grande entreprise comme la sienne, leader mondial
dans son domaine. Son rôle est d'encadrer une petite force de vente
locale et de gérer en direct les relations avec les grands comptes
de sa région.
Comme beaucoup de grandes sociétés
internationales, son employeur a fait le choix, il y a quelques années,
de Siebel pour créer une « vision à 360° du client
». Manque d'explications, absence de prise en compte des attentes
du terrain, mauvaise conduite du changement… les raisons sont multiples,
toujours est-il que Gérard ne comprend pas ce que ce nouveau système
va lui apporter. Ou plus exactement, il n'y voit que des contraintes, du
temps de travail en plus, un partage de sa connaissance client sans contrepartie,
une pression accrue de ses supérieurs sur son organisation et son
emploi du temps quotidien. Alors Gérard, comme beaucoup de commerciaux
de son entreprise rechigne à utiliser ce nouveau système et
à renseigner les informations qui lui sont demandées.
Malheureusement pour lui, au bout de quelques semaines de mise en place,
la direction de projet prend conscience de cette fronde naissante dans l'entreprise,
et alerte la direction commerciale sur le risque de mauvaises informations
ou d'informations manquantes, si chacun dans l'entreprise n'est pas contraint
à utiliser Siebel. Ni une, ni deux, la direction réagit, modifiant
le plan de rémunération afin d'ajouter un nouvel indicateur,
prenant en compte l'utilisation de l'outil de gestion de la force de vente.
Mais quel indicateur trouver ? Le plus évident qui apparaît
alors est le « taux d'ouverture ». Vérifions que chaque
salarié ouvre bien au minimum une fois par jour Siebel, et nous aurons
un bon indicateur de son utilisation, pense la direction.
Rapidement,
Gérard se rend compte de la manœuvre, et cherche une solution de
contournement. Avec l'aide d'une personne de son équipe, il développe
alors un petit programme qui ouvre automatiquement Siebel et connecte l'utilisateur
à la base centrale, à chaque fois qu'il allume son PC. Le
tour est joué, et Gérard et son équipe obtiennent le
meilleur taux d'ouverture, 100% ou presque, et toute la prime qui lui est
rattachée. Tout cela bien entendu sans alimenter Siebel de la moindre
information client.
Les bonnes choses ont malheureusement une fin, et
l'équipe en charge du projet se rend rapidement compte de la supercherie.
Elle décide de modifier l'indicateur, et en calcule un plus complexe,
sur la base du nombre de contacts et d'opportunités saisies dans
la base, pensant avoir alors trouvé l'indicateur idéal.
Soucieux de préserver le confort de son quotidien sans contrôle,
Gérard remet une nouvelle fois sur la table ce problème. Mais
à tout problème une solution, et un expert de l'équipe
développe maintenant un petit système qui « pilote »
Siebel, créant des contacts fantaisistes, des opportunités
sans fondement, et les supprime ensuite automatiquement quelques jours après
afin de faire bouger les compteurs sans pour autant remplir la base de fausses
informations ! Que d'ingéniosité est-on capable de déployer
pour contourner un système qui aura certainement coûté
plusieurs millions d'euros. Et tout cela aux frais de l'entreprise bien
sur.
Cette
expérience vécue, où tout est triste réalité
exception faite du nom de notre responsable commercial, doit nous amener
plusieurs réflexions :
- Dans notre exemple, nous parlons de
Siebel, mais tout autre progiciel de CRM aurait certainement connu ici les
mêmes déboires. Gérard n'a rien contre Siebel, ou plutôt
il est aujourd'hui totalement contre l'utilisation de tout progiciel de
SFA !
- la réticence à l'utilisation d'outils par une
équipe qui n'en comprend pas l'utilité, peut atteindre des
sommets inavouables ! Il n'y a pas de limite à la sournoiserie lorsque
le confort d'un salarié et sa liberté de travail sont en jeu,
surtout lorsque tout est aux frais de l'entreprise. Pendant qu'il se préoccupait
de contourner son outil de SFA, Gérard ne s'occupait bien entendu
pas de ses clients.
- Les équipes projets sous-estiment, par
méconnaissance du terrain, la réalité de la vie et
des attentes des commerciaux. Par conséquent, le budget consacré
à la formation, à l'éducation et à la conduite
du changement est toujours sous dimensionné.
- Les projets de
gestion de la force de vente sont trop souvent déséquilibrés.
Dans notre exemple, Gérard a été soumis à des
contraintes importantes de saisie d'informations, sans qu'à aucun
moment le projet ne soit parvenu à lui apporter autant qu'on ne lui
demandait de fournir… il faut impérativement penser à l'équilibre
entre ce que l'on reçoit et ce que l'on donne.
- Dernier point, sans doute cette société
devrait-elle être un peu plus exigeante et réactive face à
ce genre de comportement. Que l'on comprenne la position de Gérard
ou pas, qu'on le plaigne ou qu'il nous amuse, quoiqu'il en soit, son comportement
reste inadmissible… qu'en pensez vous ?